
Ce dimanche 6 septembre, seize marins de dix nationalités quittent Les Sables-d'Olonne pour ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, sur les traces des pionniers de 1968. Le parcours ressemble à celui du Vendée Globe — Atlantique, trois grands caps, retour en Vendée — mais la comparaison s'arrête là. Ici, pas de centrale moderne, pas de fichiers GRIB. On navigue au papier, au compas et au sextant.
Guillou, le pro face au sens marin
À bord des monocoques de 32 à 36 pieds construits avant 1988, la cartographie papier et le sextant remplacent toute l'électronique habituelle. Pour se positionner, il faut observer les astres et faire ses propres calculs. Un téléphone satellite reste embarqué, mais uniquement pour contacter la direction de course en cas d'urgence. En dehors, « on a absolument zéro contact avec la Terre », résume Damien Guillou. Le Finistérien de 43 ans, installé à Combrit, totalise sept Solitaires du Figaro et a préparé plusieurs Vendée Globe, dont celui de Violette Dorange. Pour lui, ces contraintes redonnent tout son sel au métier: « C'est à la fois une course mais c'est aussi un challenge. Ça la rend hyper belle, mais très dure. » Le retour à un véritable sens marin, sans les outils devenus banals en course au large moderne.
Kerdelhué, le benjamin qui réapprend la mer
Face à lui, Louis Kerdelhué incarne la fraîcheur de l'édition. À 21 ans, moitié breton, moitié charentais, ce navigateur qui a débuté la voile à cinq ans est le plus jeune du plateau. Et la règle « années 1968 » s'infiltre jusque dans les détails les plus inattendus: la musique embarquée doit être en cassette. « C'est aucune technologie qui n'existait pas en 68, jusqu'à la musique qui doit être en cassette. Du coup, moi qui ai 21 ans, j'ai dû découvrir ça », glisse-t-il. Pour mesurer sa vitesse et la distance parcourue, il utilise même un ancien système à hélice fixée au bout d'un fil, du matériel devenu quasi introuvable. Pour un régatier biberonné aux polaires et aux routages temps réel, ce retour au sextant rebat totalement les cartes: la précision se gagne désormais dans l'observation du ciel, la lecture des courants et l'expérience brute du large.
Le paradoxe de la vidéo en continu
Comme le relève Le Monde, cette édition 2026 prend un virage inattendu: la « course au large à l'ancienne » se dote d'un dispositif de vidéo en continu. Un oxymore savoureux pour une épreuve qui revendique les techniques de 1968. Pour la communauté de la régate, le vrai sujet d'observation sera ailleurs: ce que la navigation sans électronique change concrètement dans la gestion d'une longue solitaire. Gestion du sommeil, choix de stratégie sans routage automatisé, passages des trois caps — autant de paramètres que les marins devront reprendre à la main, comme au temps des pionniers.