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Alain Gautier renonce à la Route du Rhum : les raisons d'un choix réfléchi

À 64 ans, Alain Gautier ferme la porte d'un retour sur la Route du Rhum avec son trimaran Orma.

Alain Gautier renonce à la Route du Rhum : les raisons d'un choix réfléchi

Un choix que l'intéressé assume dans un entretien publié par Voiles et Voiliers, et qui redistribue les cartes du plateau Multicoques 2000.

L'équation tactique d'un non-retour

Le chiffre est simple: un Orma de 60 pieds reste un outil puissant, calibré pour des transatlantiques rapides. Mais Gautier pose une équation de viabilité, pas de nostalgie. « Je ne me voyais pas repartir », glisse-t-il à Voiles et Voiliers, et la formule dit tout. À 64 ans, le ratio bénéfice/risque d'un convoyage, d'une remise en conformité et d'une saison complète en Multi50 change de signe. Les polaires de vitesse restent valides, mais l'horizon de retour sur investissement — podium, record, sponsors — devient asymptotique.

L'Orma, c'est une architecture née pour le grand large: barres franches, masquage de près sous 12 nœuds, réserves de puissance dans le vent fort. Sur la Route du Rhum, ces unités peuvent tenir 25-30 nœuds de moyenne en descente atlantique, à condition que la cellule météo accepte le profil. Gautier, navigateur-ingénieur, connaît la formule par cœur — il l'a remportée en 1996. La question n'est pas technique, elle est calendaire.

Ce que ça libère côté plateau

Ce retrait silencieux redistribue trois paramètres observables. D'abord, la liste des Orma effectivement en chantier pour l'édition à venir se raccourcit: chaque unité immobilisée repousse la profondeur de plateau dont la classe a besoin pour exister médiatiquement face aux Ultims. Ensuite, le réservoir de skippers expérimentés capables de piloter ces multicoques reste étroit — Gautier faisait partie des figures de référence. Enfin, le marché des 60 pieds Open recircule: un bateau de cette génération change de mains, et avec lui un potentiel de refit Multi50 ou de projet Class40.

L'éclairage vient aussi d'un autre dossier Route du Rhum publié ces derniers jours par la presse spécialisée: le skipper Kieran Le Borgne, qui mise sur un voilier ancien pour la prochaine édition, selon Ouest-France. Deux approches opposées — le monocoque de patrimoine contre le multicoque de pointe — dessinent l'éventail tactique réel de la course.

Projection: ce qu'il faut surveiller

Dans les 48 prochains mois, trois indicateurs valent un coup d'œil cartographique. Premièrement, les déclarations officielles d'engagement côté Orma: combien de multicoques de 60 pieds franchissent la ligne d'inscription avant le cutoff administratif. Deuxièmement, la chronologie de refit des unités existantes: un chantier qui démarre avant la fin d'année 2026 indique un engagement réel; un silence prolongé signale un probable retrait. Troisièmement, le positionnement des skippers de la génération Gautier — ceux qui ont encore deux cycles Route du Rhum devant eux — sur des projets alternatifs: Multi50 reconversion, Class40, ou hors course au large.

Alain Gautier, lui, reste dans le périmètre de la voile de performance comme observateur. Son retrait n'est pas un adieu au large, c'est une décision de routeur: préserver l'intégrité d'une trajectoire plutôt que de rallonger artificiellement une polaire qui n'a plus d'arrivée.