
32 voiliers, 182 marins originaires de cinq continents, 1 805 milles nautiques au compteur. Comme le rapporte Marine Industry News, la 50e édition de la RORC Round Britain and Ireland Race a coupé la ligne du Royal Yacht Squadron à Cowes pour boucler un parcours complet autour des îles Britanniques et de l'Irlande — l'une des boucles les plus exposées d'Europe du Nord. La flotte aligne des coques de 9,99 m à 21,5 m, construites entre 1970 et 2025, et un équipage dont l'âge s'étale de 18 à 79 ans.
Le tracé comme équation
Le parcours impose un enchaînement de segments tactiquement exigeants: têtes de marée de la Manche, remontée de la côte ouest irlandaise, passages obligés à St Kilda et aux Shetland, puis la descente par la mer du Nord, avec ses dispositifs de séparation de trafic, ses bancs de sable et ses parcs éoliens. Chaque secteur redistribue les cartes selon le tirant d'eau, l'assiette du bateau et la capacité à exploiter les polaires de vitesse, que ce soit dans les phases de près serré ou de portant sous spi asymétrique. La diversité des designs — cinquante-cinq ans d'architecture offshore réunis sur une même ligne de départ — transforme cette édition anniversaire en banc d'essai grandeur nature.
Pour le commodore du RORC Deb Fish, victorieuse en 2000 sur Incisor of Wight puis deuxième en 2022 à sept minutes près sur Bellino, en double avec Rob Craigie après correction IRC, l'épreuve reste « la plus exigeante du calendrier RORC ». Le delta de sept minutes, à lui seul, rappelle que la course se gagne aussi au classement compensé.
Bellino en configuration quatre mains
Fish et Craigie reprennent la barre du même voilier, épaulés cette fois par Nicole Hemeryck et Joe Griffiths, tous deux diplômés du programme Griffin. L'équipage illustre la logique de transmission que le commodore tient à souligner: voir ces jeunes marins au départ de la cinquantième édition pèse autant que le résultat brut. La rotation des postes à bord, sur une boucle d'une dizaine de jours, mettra à l'épreuve la complémentarité du quatuor et sa capacité à tenir les quarts dans des conditions souvent limites.
Matrice des premières 48 heures
Cartographie, classements et liste des inscrits sont accessibles sur le site officiel de l'épreuve. La première fenêtre tactique s'ouvre dès la sortie de la Manche: contournement des bancs de sable, gestion des courants de marée dans le canal de Bristol, choix d'angle à l'attaque de la pointe sud-ouest de l'Irlande. Les fichiers de vent diffuseront ensuite le potentiel de VMG des unités de plus de 21 mètres, selon que les isobares se resserrent sur les Hébrides ou s'étalent en pente douce vers le nord. Le passage au vent des Shetland, plus exposé aux dépressions atlantiques, départagera les coques les mieux assises des autres. Ces 48 premières heures, plus que toute autre séquence, fourniront la matrice de course pour l'ensemble de la flotte — et le premier verdict sur la hiérarchie des polaires en condition réelle.