
Tu te lances dans une transat en Mini avec un safran tribord qui lâche en pleine nuit, un mât dans l'eau et une latte de grand-voile explosée. Réaction classique: tu paniques. Julien Letissier, lui, a bricolé sept à huit heures dans le noir pour rafistoler la fixation avant de gagner la première étape à Horta ce 29 juillet. Comme le raconte le skipper à Course au Large, son aventure résume à elle seule ce que coûte — et ce que sauve — une bonne gestion de chantier improvisé en course.
Le safran, la latte, et la nuit
Le drame arrive tôt. Deuxième ou troisième nuit, pendant le contournement du DST, un départ à l'abattée monumental couche le bateau, mât dans l'eau. Bilan: une latte de grand-voile pétée, et tout le système de fixation du safran tribord arraché. Le voilier se retrouve sans safran sous le vent. Letissier passe 7 à 8 heures à bricoler la fixation en pleine mer — un cas d'école sur la fiabilité des pièces de safran en série sur les Mini récents, et sur la nécessité d'emporter de quoi improviser une reprise d'effort.
Comme si la mécanique ne suffisait pas, il faut ensuite monter chercher une prise de ris dans 25 nœuds au large de la Corogne. Rebelote le lendemain soir dans 23-25 nœuds parce qu'elle pète à nouveau. Deux empochages en un jour, dans la brise, sur un Mini: pense ton tableau arrière et ta zone de ris avant de partir, pas après.
Tactique: la dorsale qui resserre tout
Au classement d'un soir, Letissier compte environ 8 milles d'avance. Sauf que dans la dorsale, le jeu se resserre. Un matin vers le 24 ou 25 juillet, pétole à 2 nœuds, mer d'huile. Il sort avec son petit-déjeuner, prend les jumelles, et aperçoit Koki à 3 à 5 milles derrière. Trois jours à se croire à l'abri, et voilà le concurrent dans le sillage.
La leçon de côtière vaut pour toutes les dorsales anticycloniques: ton matelas fond bien plus vite que tu ne l'imagines dès que le vent mollit. Garde un œil derrière, même quand tu manges, et prépare ta prochaine bascule de vent avant d'avoir faim.
L'arrivée à Pico: le grain final
Ce 29 juillet au matin, Letissier choisit de faire le tour de l'île de Pico pour trouver du vent plus au sud. Mauvaise pioche: 3 mètres de houle, pas un brin d'air, les voiles qui battent, le bateau scotché. Il pense avoir perdu tout son avantage — et apprend finalement par Manon qu'il coupe la ligne en premier, personne n'étant encore arrivé.
Le skipper le dit lui-même: « Je n'en reviens pas d'arriver premier ». Caroline, partie très fort — devant à 27 nœuds —, a connu de gros soucis et reculé. Letissier a creusé l'écart en donnant tout dans les deux premiers jours, puis a géré la dorsale comme il a pu, en dormant un peu dans la molle.
Ce qu'on retient pour le prochain Mini
Trois проверки avant de larguer les amarres sur une étape longue:
- Safran: la fixation complète, prévoir un kit de réparation (cheville, plaque, résine, visserie) capable de reprendre un effort de safran tribord. Letissier a sauvé son étape avec de la bricole, pas avec un chantier.
- Grand-voile: ris + une latte de rechange. Une latte pétée en course longue, ça se gère mal sans pièce de secours.
- Gestes en brise: monter chercher un ris dans 25 nœuds, deux soirs de suite, use le barreur. Anticipe tes ris en fonction de la brise prévue, pas après la première rafale.
Pour la seconde étape, Letissier reste prudent — « on verra bien ». Avec un safran rafistolé et une coque qui a déjà tout donné, la suite de la course se jouera sur la fiabilité du bricolage et la qualité du sommeil volé dans la molle.