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Avarie de safran en mer : gérer la perte de contrôle du voilier

Croisière et Escales. Avarie de safran en mer : gérer la perte de contrôle du voilier

Une avarie de safran en croisière hauturière ne se résume pas à une barre devenue molle.

Avarie de safran en mer: gérer la perte de contrôle du voilier

En quelques secondes, le voilier peut partir au lof, abattre brutalement ou se mettre à zigzaguer avec une violence suffisante pour endommager la coque, le gréement ou la remorque de fortune. Le premier réflexe n’est donc pas de fabriquer immédiatement un gouvernail: c’est de réduire la vitesse, stabiliser le bateau et comprendre ce qui vient réellement de lâcher.

Le mot compte. Le safran est la pale immergée qui dévie le flux d’eau. Le gouvernail désigne l’ensemble du système de direction: pale, mèche, paliers, transmission, quadrant, drosses, barre ou commande hydraulique. La procédure ne sera pas la même selon que la pale est encore attachée mais inefficace, que la mèche a cassé, que la timonerie s’est désolidarisée ou que le safran a complètement disparu.

Sans safran, le problème n’est pas d’abord de retrouver un cap: c’est de rendre au bateau une trajectoire prévisible.

Identifier la panne avant de chercher la solution

Le signal d’alarme le plus net est souvent une perte soudaine de réponse à la barre. Le barreur pousse la barre, le pilote automatique tente de corriger, mais le bateau continue de glisser sur son erre. Dans d’autres cas, la barre devient anormalement légère, tourne dans le vide ou, au contraire, se bloque à un angle. Le bateau peut aussi se mettre à osciller de plus en plus fort autour de son axe, avec des embardées qui rendent le cockpit dangereux.

Avant de descendre inspecter quoi que ce soit, il faut sécuriser l’équipage. Une personne reste à la barre, même si elle ne produit plus d’effet apparent. Une autre réduit la toile, surveille la circulation autour du bateau et prépare la communication avec les secours. Une avarie de barre en navigation n’est pas le moment de multiplier les déplacements sur le pont sans ligne de vie ni consigne claire.

Trois défaillances, trois comportements

La première vérification consiste à distinguer la commande du système immergé.

  • La barre, la drosse ou le vérin ont lâché: la pale peut encore être en place, mais elle ne reçoit plus l’ordre de direction. Dans ce cas, une commande directe sur la mèche ou le quadrant peut parfois restaurer la manœuvre.
  • La mèche ou un palier est endommagé: le safran peut prendre du jeu, se mettre en travers ou transmettre des efforts anormaux à la coque. La barre devient imprécise et les vibrations augmentent.
  • La pale est cassée ou perdue: le bateau n’a plus la surface immergée qui lui permet de dévier efficacement le flux d’eau. Il faut alors stabiliser la route par la traîne, les voiles ou un système de gouverne auxiliaire.

Si le safran est encore visible, il ne faut pas automatiquement le remettre en charge. Une pale partiellement arrachée peut devenir un bras de levier destructeur pour la mèche, les paliers et la structure arrière. Dans certaines situations, maintenir un élément endommagé dans l’eau revient à transformer une avarie de direction en voie d’eau ou en rupture mécanique plus grave.

Le contrôle visuel se fait depuis un endroit sûr. On observe la poupe, le sillage, la position du safran et les éventuelles entrées d’eau. La priorité est de savoir si le bateau flotte normalement et si les mouvements de la pale aggravent la situation. Si une voie d’eau apparaît, la gestion de la direction passe immédiatement derrière la flottabilité, l’assèchement et l’alerte des secours.

Ce que la réglementation impose — et ce qu’elle ne promet pas

La directive européenne 2013/53/UE, dans son exigence 5.4 relative à la construction des bateaux de plaisance, demande que le système de gouverne permette la transmission des forces dans des conditions prévisibles. Cela encadre la conception générale du système, mais ne fixe pas une durée de vie standard pour les câbles, les drosses, les paliers ou les mèches.

Cette nuance est importante pour le chef de bord. Un équipement conforme à sa conception n’est pas un équipement garanti à vie. L’usure, la corrosion, les chocs, les efforts répétés et les modifications réalisées à bord peuvent dégrader la fiabilité du système sans qu’un calendrier réglementaire ne déclenche automatiquement son remplacement.

Le safran compensé illustre bien cette logique mécanique. Une partie de sa pale se trouve en avant de l’axe de rotation, souvent dans une proportion de 15 % à 20 % de la surface. Cette géométrie réduit l’effort nécessaire à la barre ou au pilote automatique. Elle diminue aussi, dans certaines conditions, la sensation de charge au poste de barre. Mais un effort réduit ne signifie pas absence de contrainte: la mèche, les paliers et les fixations continuent d’encaisser les poussées hydrodynamiques.

Stabiliser le voilier: réduire la vitesse avant de vouloir le diriger

Une fois l’avarie confirmée, il faut sortir le bateau de la situation qui charge le plus le safran et la coque. La toile est réduite sans attendre. Un voilier privé de direction ne doit pas continuer à avancer à pleine vitesse sous grand-voile et génois, surtout si la mer est formée.

La manœuvre exacte dépend du vent, de la houle et de l’état du bateau, mais le principe reste constant: enlever de l’énergie au système. Réduire la voilure limite les accélérations, les embardées et les départs au lof. Le moteur peut aider à maintenir une vitesse minimale ou à présenter l’arrière dans une direction plus favorable, mais il ne remplace pas une gouverne. Une hélice crée un flux utile dans certaines configurations; elle ne transforme pas un bateau sans safran en vedette manœuvrante.

Il faut également surveiller l’angle du bateau par rapport aux vagues. Un voilier qui se met travers à la houle peut rouler fortement, embarquer de l’eau et solliciter brutalement les équipements. L’objectif immédiat n’est pas de rejoindre le port au plus court, mais d’empêcher la situation de se dégrader pendant que l’équipage prépare une solution.

La traîne comme stabilisateur de cap

Sans safran, le voilier possède encore une carène, un plan antidérive et des voiles. Mais ces éléments ne suffisent pas toujours à obtenir un pilotage précis. En revanche, ils peuvent être utilisés avec un dispositif de traîne pour limiter les mouvements de lacet.

Un traînard, une ancre flottante ou plusieurs seaux immergés à l’arrière créent une traction axiale. Cette résistance derrière le bateau agit comme un frein directionnel: elle amortit les embardées et évite que la coque ne parte alternativement au lof et à l’abattée. Le dispositif ne donne pas une commande fine comparable à celle d’un safran, mais il rend le mouvement plus régulier.

La différence entre un bateau qui avance lentement avec une trajectoire prévisible et un bateau qui part en zigzag est considérable. Dans le premier cas, l’équipage peut préparer un gouvernail de secours. Dans le second, chaque déplacement devient risqué et chaque tentative de réparation peut déclencher une nouvelle embardée.

Le point de fixation doit être solide et dégagé. Une ligne qui passe sous la coque, se prend dans l’hélice ou vient travailler sur une ferrure fragile crée un nouveau problème. Le dispositif de traîne doit rester récupérable: il ne s’agit pas de perdre une ancre flottante ou de laisser un cordage se charger de torsion jusqu’à la rupture.

Les seaux peuvent servir de solution immédiate, mais leur efficacité dépend de leur immersion et de leur tenue. Un seul petit volume peut produire un effet limité sur un voilier lourd dans une mer agitée. Plusieurs dispositifs correctement répartis peuvent davantage amortir la trajectoire, à condition de ne pas créer d’efforts déséquilibrés sur la poupe.

La traîne ne remplace pas le safran; elle achète du temps, et en mer le temps gagné est souvent la première pièce de rechange disponible.

Utiliser les voiles sans se raconter d’histoires

Les voiles peuvent aider à orienter la carène, notamment en jouant sur l’équilibre entre la grand-voile et le foc. Une réduction de la grand-voile limite généralement la tendance à remonter au vent. Un foc réduit ou affalé peut diminuer les efforts à l’avant. Le réglage consiste à chercher une position dans laquelle le bateau ne se met pas immédiatement à tourner sur lui-même.

Mais il faut rester lucide: piloter un voilier sans safran uniquement avec les voiles n’offre pas la précision d’un système de direction. Sur une unité moderne, particulièrement large ou dotée d’un plan de voilure puissant, les réactions peuvent être lentes puis brutales. La mer formée accentue encore ces écarts. Les réglages de voile servent d’abord à calmer le bateau et à l’orienter grossièrement, pas à tenir un cap au degré près.

Le moteur peut compléter le dispositif, en maintenant l’étrave dans une direction choisie ou en réduisant l’erre avant une manœuvre. Là encore, on ne cherche pas une navigation normale. On cherche à éviter que le bateau ne présente son travers à la houle et à garder un espace de travail acceptable à l’arrière.

Préparer un gouvernail de secours

Le gouvernail de secours voilier n’est pas une pièce unique. Il peut s’agir d’une barre franche montée directement sur la tête de mèche, d’une pale auxiliaire fixée sur le tableau arrière, d’un système indépendant à cassette ou d’un dispositif autonome conçu pour reprendre la fonction de direction.

La solution la plus rapide est parfois la plus simple: si la pale est toujours solidaire de la mèche et que la timonerie a lâché, une barre franche de secours peut être installée directement sur la commande mécanique. Cette option suppose que la mèche soit intacte, accessible et capable d’encaisser l’effort. Si elle présente du jeu, une fissure ou une déformation, il faut éviter de lui appliquer brutalement un bras de levier supplémentaire.

Un safran auxiliaire monté sur le tableau arrière offre davantage d’indépendance vis-à-vis du système principal. Il nécessite toutefois une fixation sérieuse. La poussée latérale exercée par une pale de fortune est loin d’être négligeable. Une ferrure légère, un balcon ou une simple pièce de mobilier ne constituent pas automatiquement un point d’ancrage fiable.

Construire une solution de fortune avec les moyens du bord

Sur un voilier de croisière, les pièces disponibles peuvent inclure une échelle de bain, une porte, une planche, un tangon, un aviron, un panneau démonté ou un élément de cockpit. Ces objets peuvent fournir une surface de gouverne, mais leur géométrie et leur résistance sont très différentes de celles d’un safran conçu pour travailler dans l’eau.

La première question n’est pas de savoir quel objet possède la plus grande surface. C’est de savoir comment transmettre l’effort à la coque sans arracher le support. Une grande planche plongée profondément peut produire une traction importante et devenir impossible à manœuvrer. Une pale plus petite, immergée progressivement, peut être moins efficace mais beaucoup plus contrôlable.

Le montage doit permettre:

  • une immersion réglable, afin de commencer avec peu de charge;
  • une récupération rapide si la pale se met en travers ou accroche un objet;
  • une fixation qui ne coupe pas les filières, les lignes ou les équipiers;
  • une commande indépendante du système de barre endommagé;
  • une inspection régulière des points d’attache et des cordages.

La forme de la pale compte. Une surface plate peut fonctionner comme une planche de dérive, mais elle génère des efforts irréguliers et décroche facilement si elle est présentée trop latéralement au flux. Un bord d’attaque arrondi ou biseauté pénètre mieux dans l’eau. Le bord de fuite doit rester suffisamment rigide pour ne pas battre sous la charge.

La liaison entre la barre de fortune et le poste de barre doit rester lisible. Dans le cockpit, plusieurs bouts qui se croisent, une écoute détournée et une commande sans repère compliquent les corrections. On doit savoir immédiatement quelle ligne tire à tribord, laquelle agit à bâbord et comment neutraliser la pale.

Les systèmes autonomes

Les gouvernails de secours autonomes ajoutent un dispositif qui exploite la force du vent et la réaction du bateau pour maintenir une route. Certains modèles sont annoncés pour une vitesse de croisière indicative pouvant atteindre 6 nœuds, mais cette valeur ne doit pas être interprétée comme une promesse de fonctionnement dans toutes les mers et sur tous les voiliers.

Le rendement dépend de la carène, du déplacement, de l’équilibre sous voiles, de la taille du dispositif et de la manière dont il est fixé. Un système parfaitement adapté à un bateau de voyage peut être sous-dimensionné sur un voilier plus lourd ou très chargé. À l’inverse, une unité trop grande peut transmettre des efforts excessifs au tableau arrière.

L’installation se prépare avant le départ. Il faut connaître la position des points de fixation, vérifier l’accès aux boulons et repérer le matériel nécessaire au montage. En pleine mer, une solution rangée au fond d’un coffre, sans plan d’installation ni ligne de récupération, perd une grande partie de son intérêt.

Réparer le safran en mer: ce qui est raisonnable, ce qui ne l’est pas

La réparation safran voilier en mer doit rester proportionnée à l’état du bateau et aux conditions. Une drosse cassée, une clavette sortie ou une commande désolidarisée sont des pannes très différentes d’une mèche rompue ou d’une pale perdue.

Une réparation peut être tentée lorsque:

  • la structure immergée est intacte;
  • l’avarie est clairement localisée;
  • l’équipage peut travailler sans passer sous la coque en mouvement;
  • le bateau est stabilisé par la réduction de toile et la traîne;
  • les efforts prévisibles restent compatibles avec le matériel disponible.

Il faut renoncer lorsque le safran menace de se détacher, lorsque la coque présente une voie d’eau ou lorsque la mer rend l’intervention dangereuse. Aller sous la coque pour récupérer une pièce n’est pas une opération ordinaire. Même à faible vitesse, une ligne, une pale ou une ferrure peuvent devenir un piège.

La réparation provisoire doit être testée progressivement. On commence à faible vitesse, avec peu de toile, en observant la réaction du bateau et la tenue des fixations. Chaque augmentation de charge doit être volontaire. Si la pale vibre, si la commande durcit, si le tableau arrière travaille ou si une ligne chauffe, on réduit immédiatement l’effort.

Le remorquage: une solution de dernier ressort

Un voilier privé de safran peut sembler facile à remorquer une fois arrêté. C’est une fausse impression. Sans surface de direction, la coque peut se mettre à zigzaguer violemment derrière le bateau remorqueur. Ces mouvements alternés chargent la remorque par à-coups et peuvent provoquer sa rupture.

Le remorquage par l’arrière présente aussi un risque particulier: l’eau peut remonter par le tuyau d’échappement et atteindre le moteur. Le problème ne concerne donc pas seulement la ligne entre les deux bateaux. Il faut surveiller la position du voilier, l’assiette, les mouvements de poupe et les risques d’envahissement.

Avant de prendre une remorque

Le bateau remorqueur doit comprendre que la vitesse devra rester progressive et maîtrisée. Une accélération brutale tend la ligne et peut transmettre un effort violent aux taquets, aux winches ou aux points d’amarrage. La remorque doit être organisée pour absorber les variations de tension, sans frotter sur une arête coupante.

À bord du voilier avarié, l’équipage garde une veille sur:

  • les mouvements de lacet;
  • la tension de la remorque;
  • les points de ragage;
  • la présence d’eau dans le compartiment moteur;
  • les variations d’assiette et de gîte;
  • la possibilité de larguer rapidement si la situation devient dangereuse.

Si le bateau part en travers, il peut présenter une surface importante aux vagues et charger brutalement la ligne. Un traînard correctement utilisé peut parfois aider à stabiliser la poupe, mais il faut éviter d’empiler les dispositifs sans comprendre leurs effets. Une traîne mal positionnée peut augmenter la charge sur un côté et accentuer le lacet.

Le remorquage n’est pas une formalité administrative qui suit automatiquement l’appel aux secours. Il doit être évalué comme une manœuvre nautique à part entière, avec des risques pour le bateau remorqué, le bateau remorqueur et les équipages.

Les interactions avec les orques: intégrer la menace au plan de route

Depuis 2020, les interactions répétées avec des orques au large des côtes ibériques constituent une cause identifiée de destruction ou de détérioration de safrans sur des bateaux de plaisance. Plus de 500 bateaux touchés ont été recensés dans ce contexte. Pour les équipages qui naviguent entre la péninsule Ibérique, le détroit de Gibraltar et l’Atlantique, la surveillance du safran ne relève donc plus uniquement de la prévention contre les OFNI ou l’usure mécanique.

Après une interaction, le bateau peut conserver une apparence normale tout en ayant subi une déformation de la pale, une fissure de la mèche ou un déplacement des paliers. Une barre qui fonctionne encore ne garantit pas que le système est sain. Les efforts peuvent augmenter sous charge, puis provoquer une rupture plusieurs heures plus tard.

Après un choc ou une interaction, il faut observer:

  • l’alignement de la pale avec l’axe du bateau;
  • l’apparition d’un jeu inhabituel;
  • les vibrations transmises à la barre;
  • les bruits dans la mèche ou les paliers;
  • les variations de niveau d’eau dans la zone arrière;
  • la capacité du pilote automatique à tenir une route sans corrections excessives.

Une inspection sous-marine ne se décide pas à la légère. Si le bateau dérive, si la mer est active ou si le safran peut encore se déplacer, l’équipage ne doit pas se mettre à l’eau pour confirmer une avarie. La sécurité des personnes passe avant la volonté de récupérer une information technique.

Le retour vers un abri doit être préparé avec la même rigueur qu’une réparation en mer. On réduit la charge sur le système, on garde un moyen de direction alternatif prêt et on évite de considérer l’absence de fuite comme une autorisation à reprendre une navigation normale.

Préparer l’avarie avant de quitter le mouillage

La meilleure procédure d’urgence est celle qui ne commence pas par l’ouverture d’un coffre inconnu. Avant une traversée, l’équipage doit savoir où se trouvent la barre franche de secours, les cordages résistants, les manilles, les poulies, les sangles et les outils permettant d’accéder au quadrant ou à la tête de mèche.

Le contrôle du système de direction ne se limite pas à tourner la barre au port. Il faut rechercher les jeux, les points durs, les traces de corrosion, les torons effilochés et les fixations qui travaillent. Les passages de drosse doivent être propres. Les paliers doivent être inspectés. Le quadrant doit rester accessible, sans être noyé sous des sacs, des batteries ou du matériel de croisière.

Un essai utile consiste à expliquer à chaque équipier comment:

1. prendre la barre et annoncer immédiatement la perte de réponse;

2. réduire la voilure sans laisser le bateau accélérer;

3. vérifier si la commande agit encore sur la pale;

4. préparer une traîne à l’arrière;

5. localiser la barre franche et les points de fixation;

6. transmettre une position claire aux secours;

7. surveiller la voie d’eau et le compartiment moteur;

8. organiser le remorquage uniquement après stabilisation du bateau.

Cette séquence n’a rien d’un exercice théorique. Dans le cockpit, le vent couvre les voix, les lignes se déplacent et les équipiers se concentrent sur leur propre tâche. Une consigne courte et répétée vaut mieux qu’une explication complète donnée au milieu de l’embardée.

Le matériel qui mérite une place à bord

Pour une croisière côtière comme pour une navigation hauturière, le matériel de direction de secours doit être dimensionné pour le bateau, pas choisi uniquement parce qu’il entre dans un coffre. Il faut notamment prévoir:

  • une barre franche de secours compatible avec la tête de mèche;
  • des cordages de différents diamètres et longueurs;
  • des sangles capables de reprendre une charge importante;
  • des manilles et poulies de rechange;
  • des éléments rigides pouvant composer une pale auxiliaire;
  • un moyen de couper ou libérer rapidement une ligne;
  • des gants, une protection contre les arêtes et un éclairage;
  • un moyen de communication et de localisation utilisable depuis le cockpit.

Le matériel doit être rangé de manière accessible même par mauvais temps. Une solution qui nécessite de vider la cabine arrière, de démonter un panneau et de chercher une clé spéciale n’est pas réellement disponible en urgence.

Le chef de bord doit aussi connaître les limites de son bateau. La position du moteur, la forme du tableau arrière, la présence d’une jupe, d’une double barre ou d’un régulateur d’allure changent complètement la manière d’installer une gouverne auxiliaire. Le même dispositif ne se comporte pas de la même façon sur un monocoque étroit, un voilier moderne très large ou un bateau chargé pour le long cours.

La séquence à appliquer sur l’eau

Lorsque la barre ne répond plus, le temps de diagnostic doit rester court. La manœuvre se déroule par priorités, sans chercher à résoudre toutes les causes en même temps.

1. Protéger l’équipage et ralentir

Tout le monde s’attache. On réduit la toile, on évite les déplacements inutiles et on éloigne les équipiers des zones où une ligne pourrait se tendre. Si le bateau accélère encore, la priorité est de retrouver une vitesse et une gîte compatibles avec le travail à bord.

2. Vérifier la flottabilité

On recherche une voie d’eau, on ferme les ouvertures inutiles et on prépare l’assèchement. Une avarie de safran peut endommager la zone arrière; il ne faut pas attendre que le niveau monte pour commencer la surveillance.

3. Distinguer la panne de commande de la perte de pale

Une inspection depuis le cockpit ou la poupe permet de déterminer si la barre agit encore. On ne met pas un équipier à l’eau pour gagner quelques secondes de diagnostic. Si la pale est absente, déformée ou dangereusement mobile, on la considère comme indisponible.

4. Déployer une traîne

L’objectif est d’amortir le lacet. On ajuste progressivement la résistance jusqu’à obtenir un mouvement plus régulier. La ligne doit rester surveillée et ne pas pouvoir atteindre l’hélice.

5. Alerter et transmettre une situation exploitable

La position, le nombre de personnes à bord, l’état de la coque, la capacité à manœuvrer et la présence éventuelle d’une voie d’eau doivent être communiqués clairement aux secours maritimes. Dire simplement que la barre est cassée ne suffit pas à décrire la gravité de la situation.

6. Installer la solution de direction

On choisit la réparation la plus simple compatible avec l’état de la structure: commande directe, barre franche, pale auxiliaire ou gouvernail de secours. Le montage est chargé progressivement, à faible vitesse, avec une personne dédiée à l’observation.

7. Décider entre route autonome, abri et remorquage

Un bateau qui tient une route lente avec une gouverne auxiliaire peut parfois rejoindre un abri. Un bateau qui part régulièrement en travers, prend l’eau ou ne permet aucune intervention sûre doit être considéré comme dépendant d’une assistance. Le choix ne se fait pas sur l’orgueil du bord, mais sur la stabilité réelle de la situation.

Après l’arrivée: ne pas se contenter de changer la pale

Une réparation durable commence par l’analyse de la rupture. Remplacer le safran sans inspecter la mèche, les paliers, le quadrant, la transmission et la structure arrière revient à remettre en service une chaîne dont on ignore le maillon faible.

Il faut rechercher la corrosion, les traces de fatigue, les impacts, les déformations et les infiltrations. La pale peut avoir été la partie visible d’un problème plus ancien: jeu de palier, effort excessif du pilote automatique, défaut d’alignement ou choc non identifié.

Le système doit ensuite être testé dans des conditions progressives. On vérifie la liberté de mouvement, la butée, la réponse de la barre, le fonctionnement du pilote et l’absence de point dur. Le carnet de bord doit conserver la date, les circonstances, les symptômes et les réparations réalisées. Ce retour d’expérience sera utile au prochain chef de bord, surtout si le bateau change d’équipage ou de programme.

La perte de safran reste une avarie sérieuse, mais elle ne condamne pas automatiquement le voilier. Ce qui fait la différence, c’est la vitesse avec laquelle l’équipage passe du réflexe de panique à une logique de contrôle: réduire, stabiliser, diagnostiquer, alerter, puis reconstruire une direction avec des moyens adaptés. Sur l’eau, une solution imparfaite mais stable vaut mieux qu’un montage spectaculaire qui arrache le tableau arrière.

Avant le départ, garde cette séquence en tête: réduire la toile, sécuriser l’équipage, contrôler la flottabilité, stabiliser par la traîne, préparer la gouverne auxiliaire et ne jamais sous-estimer le remorquage. C’est cette discipline, plus que la taille de la pièce de rechange, qui permet de transformer une perte de safran en situation maîtrisable.

Questions fréquentes

Que faire en priorité si je perds le contrôle de mon voilier ?
Sécurisez l'équipage, réduisez la voilure pour ralentir le bateau et surveillez l'intégrité de la coque pour détecter toute voie d'eau.
Comment stabiliser un voilier sans safran ?
Utilisez un dispositif de traîne, comme des seaux ou une ancre flottante, pour limiter les embardées et maintenir une trajectoire plus régulière.
Peut-on réparer un safran en mer ?
Une réparation est envisageable si la structure immergée est intacte et l'avarie localisée, mais elle doit être testée progressivement sans jamais mettre l'équipage en danger sous la coque.
Quels sont les risques liés aux interactions avec des orques ?
Ces interactions peuvent causer des dommages invisibles comme des fissures sur la mèche ou un déplacement des paliers, rendant le système de direction vulnérable à une rupture ultérieure.
Le remorquage est-il une solution simple en cas d'avarie ?
Non, le remorquage est une manœuvre délicate car l'absence de safran peut provoquer des embardées violentes et risquer de faire entrer de l'eau dans le moteur par l'échappement.